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1° dimanche de l'avent: qu'est ce qu'on attend...
 
 

Voilà un bon Évangile de glandeur qui se couche tard ! Le Christ nous exhorte à veiller, eh ben ça tombe bien, moi je me conforme à l’Evangile : je veille ! Du jeudi au samedi soir, je veille ! Je ne ferme pas l’œil de la nuit.

 

Ça c’est sûr, les étudiants, c’est des veilleurs de compétition. Rarement couchés avant minuit (et rarement levés avant midi), et c’est bien connu, les meilleurs des veilleurs, c’est ceux qui se couchent le plus tard ; du coup, les plus catholiques, c’est ceux qui finissent au petit matin place Saint-Pierre, à Victor-Hugo ou à l’Étincelle.

 

Mais il y a deux manières de veiller : veiller pour attendre que la nuit finisse, veiller en attendant la fin, ou veiller en attendant quelque chose ou quelqu’un.

Deux attitudes : veiller tournés vers le passé en se rappelant le bon temps, le temps de la vie étudiante, veiller en se rappelant toutes ces belles soirées passées, en les exhibant comme des trophées de chasse, racontant nos exploits…

Ou veiller tournés vers l’avenir en espérant le bon temps, parce que le bon temps pour nous il est devant nous, le bon temps c’est pas nos années étudiantes, le bon temps pour nous c’est devant, c’est l’avenir, le bon temps c’est l’avent !

 

Oui enfin, attendre le bon temps ça veut dire quoi ? Mais j’attends quoi moi, qu’est ce que j’espère ?

C’est vrai ça au fond, qu’est ce qu’on attend ? Qu’est-ce qui nous tient en éveil ? Quel est le projet, quelle est l’espérance, qui nous met sous tension et qui, par conséquent, nous fait vivre ? Car, c’est bien connu, l’espoir fait vivre. Celui qui n’attend plus rien de la vie, autant dire qu’il est déjà mort ou presque.

Alors nous, les vivants, qu’est ce qu’on attend ?? La fin du sermon ? – Oui, c’est bon, d’accord. Dans le même genre, je peux ajouter : l'happy hour du vendredi soir, le résultat de la Star Academy, la fin du match pour savoir si le Stade aura le bonus offensif (oui parce que la victoire, ça c’est bon, on sait que c’est acquis) ? Attentes à court terme que tout cela. Amuse-gueule du désir. En rester là, passer sa vie à courir à hue et à dia au gré des sollicitations immédiates, reviendrait à atomiser notre vie.

Heureusement, il y a en nous des désirs plus profonds. Attentes qui mobilisent et unifient nos énergies, qui donnent un sens à la durée. Attente de l’étudiant qui construit peu à peu sa personnalité pour s’intégrer au monde des adultes et y prendre sa part. Attente de la jeune femme qui compte les jours avant que l’enfant ne paraisse. Voilà des Attentes sérieuses, constructives, mais attentes partielles malgré tout, limitées. Parce que le cœur de l’homme est ainsi fait que rien ne peut le satisfaire, que rien ne peut apaiser son désir, mettre un terme à son attente, sinon l’Infini de Dieu.

Oui, que nous le sachions ou non, nous sommes soulevés par une attente radicale profonde, une sorte d’immense désir qui nous tient aux tripes. Il y a un but, une fin dernière, qui devrait aimanter, unifier tous nos désirs. C’est ce que nous appelons le bonheur (ou en terme catholique le salut).

Il n’y a pas si longtemps, cette attente du salut on la voyait dans de grands mirages politiques : un Reich de mille ans pour les uns, un Grand Soir ou des lendemains qui chantent pour les autres. Aujourd’hui, le moins qu’on puisse dire, c’est que les idéaux historiques en général ont perdu à peu près toute force de mobilisation. Qu’on s’en réjouisse ou qu’on le déplore, l’homme occidental n’attend plus rien de l’histoire. Sinon qu’elle passe son chemin et le laisse tranquille.

Toute son espérance, il la reporte sur son bonheur individuel, ou familial, dans le meilleur des cas. Dérive malsaine d’une société blasée et pourrie, tonneront certains prophètes de malheur (et autres prédicateurs). C’est vrai. Il rentre pas mal d’égoïsme dans ce repliement. Pourtant, tout n’est pas négatif dans cette tendance lourde de notre société. Naguère, le surinvestissement dans les grandes causes sociales, politiques ou humanitaires pouvait cacher, sous des dehors de générosité ou d’altruisme, une fuite en avant, un refus du vrai combat : celui de l’intériorité, celui de la conversion personnelle... parce que c’est plus facile de prétendre changer le monde plutôt que de se changer soi-même. Et puis « que sert à l’homme de gagner l’univers si c’est pour y laisser non seulement des plumes mais son âme ? »

Ce combat de l’intériorité, vous le savez, consiste essentiellement à défricher les désirs parasites, superficiels, qui étouffent les vrais désirs, ceux qui structurent en profondeur la personne. Or - j’y reviens - qu’est-ce que nous voulons au fond... sinon la vie. Nous voulons vivre. Non pas survivre, non pas vivoter, en attendant le week-end ou nous toucherons à la suprême récompense : pouvoir regarder télé foot dans son canapé une bière à la main. Nous voulons vivre à plein !

Évidemment, il ne faut pas se faire une idée trop misérable, trop mesquine de ce qu’est la vie. Pour certains, vivre à fond, c’est tout au mieux jouir d’une bonne forme physique (fumer tue, boire tue, faire trop de sport tue, ne pas en faire tue aussi…) dans un environnement sain (manger 5 fruits et légumes c’est le début du bonheur) avec un bon équilibre psychoaffectif. Bref, le bon air, un bon transit intestinal et tutto va bene.

Mais la vie biologique n’est évidemment pas le tout de la vie de l’homme, vous n’êtes pas, quoi qu’on vous en dise, des tubes digestifs ou des estomacs sur pattes. Manger, boire et dormir, ce n’est pas un but en soi. Ce n’est qu’une condition de la vraie vie, qui, elle, est d’ordre spirituel. Vouloir vivre à fond, c’est vouloir être libre, maître de sa vie, c’est vouloir se donner, aimer et être aimé.

L’amour. Parlons-en justement. Ingrédient indispensable à tout bonheur, l’amour, à y regarder de plus près, nous livre le secret décisif sur la nature même du bonheur : mon bonheur ne dépend pas que de moi. Le bonheur n’est pas une conquête qu’on saisit comme une proie : il est une grâce qu’on accueille comme un don. Car l’amour, c’est gratuit. Ça ne s’achète pas, ça ne s’impose pas, ça n’est même pas une récompense. « Celui qui offrirait toutes les richesses de sa maison pour acheter l’amour, dit l’Écriture, ne recueillerait que le mépris » (Ct 8, 7). Il n’aurait rien compris au mystère de l’amour. Car, voyez-vous, être aimé, avoir du prix aux yeux de quelqu’un, être son unique, ce n’est pas un droit. C’est une grâce, une grâce extraordinaire qui change la vie.

Voilà pourquoi, tout bonheur authentique exige une préparation intérieure de notre part, mais il relève surtout d’une initiative qui ne dépend pas de nous. Nous ne pouvons donc qu’attendre le bonheur. Et ce qui vaut de tout bonheur vaut à plus forte raison du bonheur absolu. Il est suspendu au don de Dieu. Que Dieu, par le don de sa grâce, nous fasse communier à sa connaissance et à son amour. Lui devenir semblable. Connaître comme il connaît, aimer comme il aime. Et cela non pas pour un instant, serait-il fulgurant, mais pour toujours, pour l’éternité. Voilà ce qui s’appelle vivre. Voilà, frères et sœurs, ce qui au fond nous tient en éveil.

Nous ne veillons pas en attendant la fin, nous veillons en attendant le début, le commencement de toute chose, la venue de Jésus Christ, celui qui renouvellera tout, celui qui fera toutes choses nouvelles,

Celui qui est venu il y a deux mille ans pour nous sauver,

Celui qui reviendra dans la gloire à la fin des temps,

Celui qui vient dans nos cœurs pour en faire sa crèche,

Celui qui vient maintenant sous l’apparence du pain et du vin pour nous nourrir.

 

Viens habiter en moi Seigneur, je t’attends.