« Vous me faites doucement rigoler les catholiques, à célébrer la spéciale dédicace à saint Jean de Latran, c’est quoi ça la dédicace de la cathédrale du pape, « la mère de toute les églises » ; ça me fait rêver, vous savez quoi dans votre dédicace y’a là à peu près tout ce que je déteste dans votre religion, la compil’, la totale : le pape, l’Église et la cathédrale, eh ben vous savez ce que j’en pense moi du pape et de sa cathédrale et de l’Église en général : c’est moisi ! C’est tout pourri, c’est vieux, ça sent le renfermé ! »
« Je vais même un peu plus loin je crois que c’est lui qui est à l’origine de tous les dérapages et l’Église avec son or, sa puissance, ses indulgences, son Inquisition, ses croisades (ah oui parce que quand on est parti dans la litanie des reproches autant tout y mettre, on n’est plus à un amalgame près, je reprends), son prosélytisme, ses papes mariés, ses papes qui veulent pas se marier (on n’est pas à une contradiction près non plus) enfin tout ça » « c’est bon t’as fini ? ». Non, pas tout à fait, parce que le jeune gars qui m’a servi tout ça, eh ben c’est pas un mauvais gars, c’est même un gars qui lit la Bible (enfin qui me dit qu’il lit la Bible),
il ajoutait d’ailleurs : « Encore croire en Dieu ou en l’Évangile ça je dis pas, d’ailleurs je crois en Dieu , et j’aime bien l’Évangile, mais l’Église et le pape, vous avez vu ce qu’ils ont fait de la Bible en 2000 ans, vous avez vu toutes les compromissions, toutes les trahisons de l’Évangile ; le jour où un catholique (et le pape le premier) vivra vraiment l’Évangile, là je voudrai bien commencer à y croire ; en attendant je me casse de vos églises, de votre basilique saint Jean de Latran, et je vais respirer dehors.
Vous en connaissez des tonnes de vos potes qui pensent ça, et peut-être même que vous aussi vous pensez ça : que ce serait tellement plus facile de croire s’il n’y avait pas le pape et pas l’Église. Que la lourdeur, c’est de là que ça vient et qu’il suffirait en fait de s’en débarrasser, pour être plus vrai, plus authentique.
Moi ce que je veux (reprend mon critique de tout à l’heure) c’est l’Évangile et lui seul, sans l’Église, sans le pape : ça m’apporte rien.
« Mais au fait qui est ce qui te le donne l’Évangile, comment est ce que tu l’as reçu? Il est tombé du ciel ? » Non il n’est pas tombé du ciel l’Évangile il t’a été transmis par l’Église, oralement d’abord, ce sont les apôtres qui ont transmis la parole qu’ils avaient entendue de la bouche de Jésus-Christ, puis ils l’ont mis par écrit et il s’est transmis dans l’Église de génération en génération, et c’est parce que l’Église me le transmet que je crois que cet Évangile c’est bien celui que Jésus à voulu me transmettre. S’il venait d’ailleurs, quelle assurance aurais-je qu’il n’a pas été falsifié, enrichi ou plutôt appauvri de mille corruptions, de mille interprétations tout humaines.
Tu le sais bien, quand tu le lis seul, l’Évangile, qui te dit que tu ne vas pas te tromper dans l’interprétation, que tu ne vas pas te faire un petit évangile à ta sauce, un jésus à ta convenance, à ta taille. C’est l’Église qui te sauve de l’étroitesse d’esprit, c’est l’Église qui t’arrache à l’individualisme en t’obligeant à accepter tes frères, en t’offrant l’Évangile pas comme tu l’entends, mais comme Jésus l’a prononcé et riche d’un approfondissement de vingt siècles.
« Bon d’accord mon père, vous m’avez convaincu sur le coup de l’Évangile, mais pour l’Église, moi je veux bien de l’Église, mais alors Je veux une Église toute spirituelle, débarrassée de tous ses oripeaux, de toute son infrastructure et surtout du pape, et de son infaillibilité (ça, ça sent trop le temporel) ».
Une église spirituelle, voyons ça ? Une église spirituelle, ça doit être une église débarrassée des hommes, oui ces trucs un peu lourdauds, tellement imparfaits, tellement pécheurs ; t’as raison, ça serait tellement beau une Église juste spirituelle, une Église rêvée… une église vide en somme !
Aujourd’hui ce que nous célébrons c’est exactement l’opposé.
Nous ne célébrons pas une Église spirituelle et désincarnée.
Nous célébrons une Église incarnée, une Église d’hommes, une Église de pécheurs et à la tête de laquelle se trouve un pécheur comme nous tous : Benoit XVI, le successeur de Pierre, dont le siège se trouve non pas dans les nuages mais à Rome, à saint Jean de Latran, c’est là-bas la cathédrale du pape.
C’est là-bas ! Parce que c’est là-bas qu’est mort saint Pierre, pour témoigner de sa foi en Jésus-Christ, et que c’est à lui, à Pierre, que Jésus a dit « tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ». Vous croyez qu’il aurait dit à saint Pierre : « je te choisis, toi, pour les quelques années qui te restent à vivre ; mais pour les générations suivantes, elles se brossent, elles se débrouillent toutes seules ». Non, Jésus a voulu Pierre et tous ses successeurs, pour que son message soit gardé et répandu à travers les âges.
Nous ne célébrons pas l’Église de nos rêves, mais l’Église telle que le Christ l’a voulue avec les douze clampins qu’il avait choisis, l’Église « semper reformanda », toujours à réformer. Jamais l’Église ne s’est crue parfaite, et jamais elle ne le croira, elle sait trop que cette perfection appartient à Dieu seul, elle sait trop bien que c’est de lui que nous la recevons.
Nous ne célébrons pas une unité en rêve mais une unité autour d’un homme choisi par le Christ lui-même : Pierre et ses successeurs, Pierre qui est le signe visible de l’unité. Encore une fois pas une unité en parole, mais une unité concrète, autour de Pierre, parce que c’est à lui que Jésus à demandé de confirmer ses frères dans la foi.
C’est peut-être contraignant d’avoir Pierre, c’est contraignant en un sens, contraignant et libérant ; contraignant comme un tuteur nous contraint à monter, à monter haut et à ne pas nous perdre, à ne pas nous épuiser en horizontalité ; contraignant, mais c’est lui le garant infaillible de l’unité. Regardez tous ceux qui se sont séparés de lui : ils vont de division en division, vers l’éparpillement à l’infini.
« Tiens puisque vous y venez à l’infaillibilité ; là aussi ça me fait bien marrer votre infaillibilité, c’est juste pas possible qu’il soit infaillible le pape, même s’il est trop fort, il est pas infaillible, c’est le propre de Dieu de ne pas se tromper. »
De fait, t’as raison, le pape n’est pas toujours infaillible : il l’est quand il parle en matière de foi et de mœurs ; mais par exemple quand il raconte une blague, il est pas infaillible, si elle est nulle ne vous sentez pas obligés de vous marrer parce que c’est le pape et que vous êtes catholiques ; par contre s’il vous dit que Jésus Christ est le fils de Dieu, ou bien s’il vous dit que l’euthanasie est un crime, là si vous voulez être catholique vous devez le suivre, le suivre ou vous séparer de lui et de l’Église, et quitter le chemin du Christ, le chemin que Dieu a voulu pour ses fils, le quitter en prenant le risque immense de vous perdre. Quiconque veut la présence de Jésus-Christ dans l’humanité ne peut la trouver contre l’Église, mais seulement en elle. La foi est ecclésiale ou elle n’est pas.
Aujourd’hui est de bon ton de déprécier le pape et l’Église, il est de bon ton de se moquer d’elle, il est de bon ton de lui cracher dessus, ça donne l’impression d’être un esprit fort et indépendant dans la société.
L’Église est notre mère ! C’est d’elle que nous avons tout appris, et c’est elle qui continue à nous le transmettre ; c’est elle qui nous transmet Jésus Christ dans son évangile, c’est elle qui nous transmet la vie de Dieu dans ses sacrements.
C’est elle cette Mère chaste, qui nous donne et nous conserve une foi toujours intègre, qu’aucune décadence humaine, aucun affadissement spirituel, si profond qu’il soit, n’atteint jamais.
C’est elle cette Mère féconde, qui ne cesse de nous donner de nouveaux frères.
C’est elle cette Mère universelle, qui a soin de tous, des petits comme des grands, des ignorants et des savants, de l’humble peuple des paroisses comme du troupeau choisi des âmes consacrées.
C’est elle cette Mère vénérable, qui nous transmet l’héritage des siècles et tire pour nous de son trésor les choses anciennes et les nouvelles.
C’est elle cette Mère patiente, qui recommence toujours, sans se lasser, son œuvre de lente éducation et reprend, un à un, les fils de l’unité que nous, ses enfants, déchirons toujours.
C’est elle cette Mère attentive, qui nous protège contre l’Ennemi qui rôde autour de nous cherchant sa proie.
C’est elle cette Mère aimante, qui ne nous replie jamais sur elle mais nous lance à la rencontre du Dieu qui est tout Amour.
C’est elle cette Mère ardente, qui met au cœur de ses meilleurs enfants un zèle toujours attentif et les envoie partout en messagers de Jésus-Christ.
C’est elle cette Mère sage, qui nous évite les excès sectaires, les enthousiasmes trompeurs suivis de revirements ; elle nous apprend à aimer tout ce qui est bon, tout ce qui est vrai, tout ce qui est juste, à ne rien rejeter qui n’ait été éprouvé.
C’est elle cette Mère forte, qui nous exhorte à combattre et à témoigner pour le Christ…
L’Église est notre mère et l’on ne crache pas sur sa mère. On l’aime.