Ceci est mon corps - Jeudi saint 2008 
Aujourd’hui on entre dans les églises comme on entre dans un moulin, casquette vissée sur la tête, mp3 aux oreilles et chewing-gum à la bouche, ben oui une église au fond c’est qu’un monument comme un autre, qui se visite comme les autres. il se trouve que l’autre jour un petit gars entre à saint Pierre pendant la messe, au moment précis de l’élévation, quand le prêtre tient entre les mains l’hostie consacrée et que tout les fidèles, sont, qui à genoux, qui debout, en tout cas tous en silence, regardant fixement, adorant, le Christ présent devant eux.
Notre p’tit gars à la casquette interroge sa mère : « Qu’est ce qu’il font maman à tous regarder un morceau de pain et puis pourquoi y’en a à genoux, ils sont fous ou quoi !! » la mère qui n’a pas beaucoup plus de catéchisme que son gamin ou qui en tout cas à tout oublié des bribes qu’elle avait entendu dans sa jeunesse, mais qui ne veut pas paraître inculte devant son mouflet : «écoute tais-toi et regarde : c’est la messe » le gamin insistant, limite énervant « c’est quoi la messe ? », la mère qui ne veut pas perdre la face : «c’est un spectacle, c’est un peu comme la star ac’ on chante, le curé il a une tenue de scène et y’a une chorégraphie avec des gestes compliqués et tout ! et là si tu veux c’est un peu le milieu de la choré»
Eh oui vu de l’extérieur la messe ça ressemble à un spectacle ; sans la foi, la messe ça pourrait être une sorte de rassemblement politique, un meeting de campagne ou la nouvelle star.
On peut pas le blâmer le p’tit gars de tout à l’heure, sans la foi au moment de l’élévation on ne voit que du pain. Oui mais vous me direz avec la foi on ne voit que du pain aussi. C’est vrai. on ne voit que du pain et même quand vous communiez vous ne goutez que le goût du pain et pourtant quand le prêtre dépose sur votre langue ou dans vos mains l’hostie consacrée il vous dit « le corps du Christ », et vous vous répondez « amen », ça veut dire je crois, je crois Seigneur que c’est toi, tu es là présent.
Avons-nous une seule bonne raison de croire ? « ben oui ! je crois parce qu’on me le dit », « et qui te l’a dit ? » « ma mère, et sa mère avant elle et comme ça on pourrait remonter loin. » en effet on pourrait remonter loin, en fait on pourrait remonter jusqu'à saint Paul et de lui jusqu'à Jésus : « je vous ai transmis ce que j’ai moi-même reçu : le Seigneur la nuit où il fut livré prit du pain … ceci est mon corps »
voila pourquoi nous croyons, la seule bonne raison pour laquelle nous croyons, c’est pas pour nous rassurer, pas pour faire comme nos parents, ni comme les autres d’ailleurs : nous croyons parce que Jésus nous l’a dit et parce que nous avons confiance en lui, parce que nous croyons en lui, Bien sur nous avons confiance en notre mère et notre grand-mère, mais nous avons encore plus confiance en Jésus : parce qu’il ne peut ni se tromper ni nous tromper.
Mais au fait quand est ce qu’il nous l’a dit, reprenez votre Evangile : « le soir du dernier repas, le Seigneur prit du pain , il le rompit et le donna à ses disciples en disant prenez et mangez en tous ceci est mon corps » ceci est mon corps : Jésus tient un morceau de pain dans la main, il le présente à ses disciples et il dit ceci est mon corps, il ne dit pas ceci représente mon corps, ni ceci est le symbole de mon corps, il dit ceci est mon corps. Grammaticalement la phrase la plus simple qui soit : sujet, verbe complément. Alors bien sur on peut chipoter, on peut discuter, interpréter, mais bon.
Et les disciples ont crus, ils ont crus ce que disait Jésus, ce que disait celui qui ne leur avait jamais menti, et d’ailleurs pourquoi ne l’auraient ils pas cru. Leurs yeux voient du pain mais leur cœur croient que c’est véritablement le corps du Christ.
Et nous aujourd’hui encore nous le croyons, nous le croyons parce qu’il a dit à ces disciples « faites ceci en mémoire de moi » et depuis 2000 ans les disciples, l’Eglise refait ce que Jésus a fait, elle redit les même paroles et chaque foi le miracle s’accomplit.
Double miracle : premier miracle : le pain et le vin sont changé en corps et sang de Jésus, deuxième miracle : nous croyons que ce que dit Jésus est vrai, notre cœur croit ce que nos yeux ne voient pas. Nous croyons que Jésus est véritablement présent sous l’apparence du pain et du vin, nous croyons qu’il se donne à nous, nous croyons qu’il est avec nous pour toujours, comme il nous l’avait promis.
Voila pourquoi le p’tit gars de tout à l’heure s’étonnait de nous voir à genoux, et il a raison c’est pas commun de se mettre à genoux. Voila pourquoi nous nous mettons à genoux, non pas pour faire quelques exercices de souplesse et impressionner nos voisins de bancs, non pas pour nous reposer et en profiter pour piquer un petit roupillon en dissimulant habilement notre visage dans nos mains, non pas parce que ça fait plus pieux ou plus tradi ou pour en remontrer aux autres. non ! Nous nous mettons à genoux parce que c’est Dieu. point. Nous nous mettons à genoux parce qu’un catholique ne se met à genoux que devant son Dieu et devant personne d’autre : ni les puissants, ni l’argent, ni le stade toulousain, ni la victoire, ni une promotion mirobolante. Nous ne nous agenouillons que devant notre Dieu. Non pas un agenouillement servile et apeuré, mais un agenouillement d’homme devant son Dieu.
Ne le dites pas Mgr Le Gall, je veux lui faire une surprise pour Pâques, mais je crois que j’ai trouvé le moyen de remplir les églises, non pas seulement saint Pierre, mais toute les églises du diocèse. Imaginez qu’au moment de la communion, au lieu de distribuer des hosties je me présente avec un panier plein de billets de 10 euros et qu’à chaque personne qui se présente je tende un de ces billets, je lui dirai « 10 euros » et lui répondra « amène » (joignant le geste à la parole). Je suis certain que nos églises seraient pleine, le dimanche bien sur mais même pour les messes de semaines, nous serions obligés de doubler voir tripler les messes, l’affluence, la gloire, le succès, génial non ?
Tout à l’heure quand vous vous approcherez pour communier, les yeux brillants de désir, ce n’est pas un billet de dix euros que je déposerai au creux de votre main, c’est Dieu.