Jeudi saint – année sacerdotale
Jeudi saint c’est la fête des prêtres et je peux vous dire qu’en ce moment c’est sûr qu’on est à la fête, un vrai carême. C’est de notre faute, ou en tout cas c’est de la faute de quelques-uns d’entre nous, et cette infime minorité suffit à jeter le discrédit sur nous tous, sur tous les prêtres, le discrédit voire pire la suspicion. J’étais à la poste il y a une semaine et une dame très bien apparemment faisait la queue derrière moi, elle se rend compte que je suis prêtre (j’ai du mal à le cacher, j’en ai aucune envie d’ailleurs) et elle me dit : « pédophile !» le gars du guichet avec plus de répartie que moi (je dois avouer que je suis resté les bras ballants ) : « Madame si c’était un gitan vous l’auriez traité de voleur ; si c’était un juif vous l’auriez traité de rapace ou si c’était un arabe vous l’auriez traité de racaille, si c’était un fonctionnaire vous l’auriez traité de feignasse ? » Les agissements de ses prêtres sont des scandales, des scandales absolus, « malheur à celui qui fait tomber l’un de ces petits » scandales d’autant plus grand que la confiance que les catholiques mettent dans leurs prêtres est grande, scandale d’autant plus grand que le don que Dieu nous a fait est immense et que nous n‘avons pas le droit de l’abîmer, en plus de détruire un enfant, c’est un crachat de plus sur le visage du Christ.
« Ah que le prêtre est grand disait le curé d’Ars » et en même temps que les prêtres sont petits et faillibles, pleins de leurs limites, sujets aux mêmes tentations que vous et aux mêmes péchés que vous, mais avec cette différence, que chaque dimanche, chaque jour même il nous revient de monter en chair, il nous revient de prendre la parole et de prêcher, d’annoncer Jésus Christ, et chacune des paroles que nous disons met en lumière l’écart qu’il y a entre notre vie et celui que nous annonçons. Faut-il alors que nous nous taisions, faut-il par cohérence, par honnêteté, que nous ne prêchions que ce que nous sommes capable de vivre (pour ma pauvre part, je peux vous dire que ça vous ferai des vacances, les homélies dureraient beaucoup moins longtemps) non ! Nous ne nous prêchons pas nous-mêmes, nous annonçons Jésus Christ, nous n’annonçons que Lui, car Lui et Lui seul ne nous décevra jamais. Un jour ou l’autre (si ce n’est déjà fait) votre curé vous décevra, un jour, votre époux vous décevra, vos parents vous décevront, votre meilleur ami vous décevra, votre copain, votre fiancé vous décevra, vos maîtres vous décevront, il en va ainsi de l’homme, il est faillible et décevant, mais ce n’est pas en l’homme que nous avons mis notre confiance c’est en Dieu et pas un Dieu superbe, mais celui qui aujourd’hui en Jésus se met à genoux, à nos pieds, pour nous servir.
Nous ne nous prêchons pas nous-mêmes, nous prêchons Jésus Christ et c’est certain que nous ne serons jamais à la hauteur d’un tel modèle (qui le serait), mais c’est Lui qui par sa grâce nous donne de l’imiter, c’est Lui qui par sa grâce nous élève, c’est Lui qui nous met à sa hauteur, si comme lui, humblement nous acceptons de nous mettre à sa suite, si comme lui humblement nous acceptons de nous mettre à genoux aux pieds de ceux à qui nous avons donné nos vies : à vos pieds, vous le peuple de Dieu, vous ses fils et ses filles.
Vous savez, si nous avons donné notre vie, ce n’est pas par amour du noir, c’est pas pour un bon salaire, c’est pas parce que nous n’avions trouvé ni Julie ni Suzette et qu’en désespoir de cause on choisissait Jésus, c’est pas pour une reconnaissance sociale, c’est par amour de Dieu pour répondre à son appel, c’est pour vous, « le prêtre n’est pas pour lui, il est pour vous » disait le curé d’Ars. Nous prêchons Jésus Christ, nous prêchons la beauté de sa vie, la beauté de son Evangile, nous ne cesserons de l’annoncer pour faire grandir en chacun, et en nous les premiers, le désire de le vivre.
Soyez exigents avec vos prêtres et soyez bons avec eux, demandez-leur ce qu’ils peuvent vous donner, demandez ce pour quoi nous sommes fait :
Demandez-nous d’abord de vous donner Jésus Christ, de vous le donner dans l’eucharistie, si nos mains ont été consacrées c’est d’abord pour ça,
Demandez-nous de vous donner sa miséricorde dans le sacrement du pardon ça personne d’autre qu’un prêtre ne pourra vous le donner. Même si nous pouvons parfois vous paraître affairés ou débordés, vous nous sauvez en nous demandant la miséricorde de Dieu, vous nous rappelez ce pour quoi nous sommes faits. Pas pour gratter la guitare, pas pour boire une bière, pas pour discuter, pas pour jouer au baby mais pour vous donner Dieu, vous donner Dieu d’abord.
Demandez-nous de vous donner Jésus Christ dans sa Parole et son enseignement, pas notre opinion (quelle misère notre opinion, elle ne vaut pas mieux que la vôtre) non pas ce que je pense mais ce que je crois, ce que l’Eglise croit, cet enseignement solide que le Christ a confié à Pierre et à son Eglise.
Demandez-nous, exigez de nous d’être des hommes de prières et de silence, de vous apprendre à prier.
Demandez-nous d’être des hommes joyeux, dans un monde angoissé, dans un monde affairé, dans un monde pressé d’être des témoins de la joie et de la paix que Dieu seul procure.
Demandez-nous, exigez de nous d’être des hommes libres et vrais, libres de tous préjugés, libres de ces paroles toutes faites, de ces pensées conformes, libre des modes et des mondanités et vrais, des hommes qui ne transigent jamais avec la vérité, qui la dise et la serve toujours.
Demandez-nous d’être discrets et d’éviter le bavardage.
Apprenez-nous à être pauvres et disponibles, libres de tout et attachés à rien, à rien d’autre qu’à Jésus Christ et à vous, le peuple que Dieu nous confie.
Un prêtre, un saint prêtre est pour une communauté, pour un catholique le plus beau don que le Seigneur puisse lui faire, « l’absence d’un vrai prêtre dans une vie c’est une misère sans nom, c’est la seule misère » disait Madeleine Delbrel
Nous sommes là pour vous, nous avons donné notre vie pour vous, mais nous avons besoin de vous aussi.
Nous serons de saints prêtres si vous nous demandez d’être prêtre, si vous nous aidez à être prêtre.
Votre exigence rend le prêtre bon,
Votre bonté rend le prêtre juste,
Votre sainteté rend le prêtre saint.
Priez pour vos prêtres, qu’ils vous entraînent à la suite du Christ,
Priez pour vos prêtres, qu’ils soient des saints,
Priez pour moi.