Vigile pascale 2010 – la foi des femmes
« Enfin il nous l’avait dit ! ça fait trois ans qu’il nous le répète, il faut que je meure, y faut que je souffre, mon heure est arrivée, il faut que je meure et que je ressuscite. Ça qu’il meure c’est clair, c’est fait il est mort ! On l’a vu pendu à la croix ; et pour le reste que dalle, des nèfles, pas plus de résurrection que de poil sur un œuf et puis c’est quoi la résurrection ? Oh Jean ! Tu sais c’que ça veut dire ressusciter ? »
« Alors oui toutes ces belles paroles ; le: « aimez-vous les uns les autres » ou « aimez vos ennemis », c’était mignon quand il nous le disait au milieu des tamariniers sur le bord du lac, mais c’est juste de la poésie, juste bon pour les gogos, et le: « tendez la joue à ceux qui vous frappent » t’as vu ça où ? T’as vu où ça l’a mené de tendre la joue droite puis la gauche, y s’en sont donnés à cœur joie ces enfoirés de romains, tout ça pour ça : pour la croix, pour la mort, c’est bon, très peu pour moi et le « ceci est mon corps livré pour vous » ah oui c’était beau avant hier soir, c’était émouvant toutes ces paroles, mais bon on vit pas d’émotion et de vin frais et aujourd’hui c’est mort. Allez les gars on va retourner à nos filets, à nos ateliers on va reprendre les choses sérieuses et pas se bercer de douces rêveries, on s’est fait enfumer par Jésus c’est tout, c’est moche mais c’est comme ça » « attends Simon ! (c’est le zélote, toujours un peu radical le zélote) Simon, tu peux pas dire ça, tu peux pas tout balancer, bon c’est sûr il est mort mais c’est quand même des belles idées tout c’qui nous a dit Jésus depuis trois ans, c’est une bonne philosophie de vie non ? Mon pauvre Pierre… laisse tomber va, retourne à ta barque »
« Tout ça ça s’écroule, comme un château de cartes, y’a plus rien, la belle aventure, elle a pas duré plus de trois ans. C’est mort mon pauvre André, t’as raison Thomas, c’est mort. »
A Jérusalem cette nuit il y a onze apôtres terrés au Cénacle, ils pleurent abattus, désespérés, divisés, apeurés.
A Jérusalem cette nuit il y a la foule des braillards (ceux du golgotha), et qui ronflent maintenant. Il y a Pilate, les mains propres ; Hérode, un crime sur la conscience (un de plus un de moins c’est pas ça qui va lui gâcher le sommeil) ; les grands prêtres, heureux de s’être débarrassés d’un gêneur (et tant pis s’il a fallu lâcher cette racaille de Barrabas pour ça : la tranquillité ça a un prix !) tout ce petit monde qui dort, peinard.
A Jérusalem cette nuit il y a trois femmes, Marie-Madeleine, Jeanne et Marie, trois femmes debout dans la nuit, trois femmes qui aiment, qui croient, qui espèrent. Elles vont au tombeau de Jésus, elles y vont parce qu’elles l’aiment.
A Jérusalem cette nuit il y a Jésus, allongé dans son tombeau.
A Jérusalem cette nuit il y a le Christ qui ressuscite.
A Jérusalem cette nuit il y a deux anges : « Rappelez-vous ce qu'Il vous a dit quand il était encore en Galilée : Il faut que le Fils de l'homme soit livré aux mains des pécheurs, qu'il soit crucifié et que, le troisième jour, il ressuscite. Alors elles se rappelèrent ses paroles. »
Alors elles se rappellent tout, tout ce qu’il a dit, tout ce qu’il a fait. Tout ça c’est vrai ! s’il est ressuscité c’est vrai, la résurrection vient d’un coup d’un seul tout valider, certifier tout ce qu’il a dit, « si le Christ n’est pas ressuscité vaine est notre foi » dit saint Paul, s’il est juste mort et enterré alors tout ce qu’il a dit c’est du flan, mais s’il est ressuscité… s’il est ressuscité c’est une bombe !
Frères et sœurs le Christ est ressuscité !
D’un seul événement : la résurrection, de ce tout petit événement qui se passe dans le silence de la nuit, va éclater la plus grande la plus formidable révolution que la terre ait jamais connue.
Trois femmes, (des femmes j’vous jure, il aurait pas pu choisir quelqu’un d’autre pour la révolution ? si, il aurait pu mais il a pas voulu !)
Trois femmes (retenez leur nom) : Marie-Madeleine, Jeanne et Marie, trois femmes, trois messagères de la résurrection !
Trois femmes et comme une contagion, une contagion de foi, une vague qui déferle et qui emporte tout.
Trois femmes qui l’annoncent à Pierre et aux douze et ils vont croire (il leur faudra un peu de temps, les hommes c’est toujours plus lent que les femmes, plus lent à croire.) Mais ils croiront et ils partiront, et la vague avance et ils annonceront aux habitants de Jérusalem et puis à ceux des villes et villages alentours et puis à Corinthe, à Ephèse, à Rome, à Colosse, à Toulouse, jusqu’aux bouts du monde.
Et la parole se répand et la nouvelle se répand : « Il est ressuscité ! » Comme un murmure d’abord, puis un grondement et comme un cri joyeux et la nuit se déchire et les cœurs s’ouvrent et les cœurs sont transformés, conquis, convertis.
Et l’Evangile est annoncé, la résurrection est annoncée elle gagne, sa lumière se répand elle vient frapper l’oreille d’Ignace à Loyola, de Thomas à Aquin, de Rose à Lima, de Paul à Nagasaki, de Francois à Assise, de Térésa à Calcutta, de Saturnin à Toulouse et ils sont cramés, ils sont gagnés par le Christ, par sa résurrection.
Et la vague continue elle prend de l’ampleur et elle vient frapper ton oreille, briser les verrous de ton âme, ce soir la résurrection du Christ frappe à la porte de ton cœur : Laetitia, Antoine, Gabrielle, et nous tous en fait… et le dernier touché c’est toi Germain. (Enfin le dernier en attendant le suivant)
Et la vague avance, qui sera le prochain cœur qui cédera ? Dans cette église ce soir ? Peut être un voisin qui dort tranquillement ? Un gars sur la place saint Pierre qui boit seul sans savoir que le Christ est ressuscité !
Et le vieil homme tremble devant la vague, devant l’immense vague du baptême et il a raison de trembler parce qu’il est en grand danger, il est en grand danger avec son vieux cœur de pierre, il est en grand danger avec ses lourdes chaines qui nous paralysent, il est en grand danger avec ses ténèbres, mais voilà cette nuit tout ça vole en éclat,
Dieu dit « que la lumière soit » Cette nuit la lumière jaillit dans nos vies,
Dieu dit à Abraham : « je te comblerai de bénédictions » Cette nuit la bénédiction de Dieu est sur nous,
« Israël vit avec quelle main puissante le Seigneur avait agi contre l'Égypte » Cette nuit Dieu nous libère de toute oppression,
« Ton Rédempteur, c'est le Dieu Saint d'Israël, il se nomme « Dieu de toute la terre ».Cette nuit nous goûtons le bonheur sans fin du Seigneur,
Dieu dit : « Venez à moi ! Écoutez, et vous vivrez » Cette nuit nous nous avançons vers notre Dieu riche en miséricorde,
Dieu dit : « Écoute, Israël, les préceptes de vie, prête l'oreille pour acquérir la connaissance ». Cette nuit nous avons trouvé la source de la sagesse,
Dieu dit « J'enlèverai votre cœur de pierre » Cette nuit il nous donne un cœur nouveau,
« L’homme ancien qui est en nous a été fixé à la croix avec lui » Cette nuit nous sommes vivants pour Dieu en Jésus Christ,
Cette nuit le Christ est ressuscité et nous avec lui !
Avance Germain...