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La samaritaine 2.0  

 

Le plus grand désir de ton cœur c’est quoi ? De réussir tes examens ? De trouver ta Suzette, ta princesse charmante ? D’être riche, beau et célèbre ? De coller une déculottée au stade français (ça c’est bon c’est fait, c’est le classico Toulouse qui corrige Paris) ? Non, bien sur que non, vous êtes catholiques, notre grand désir à tous, c’est d’annoncer Jésus Christ ? Non ?  De partager ce qui nous fait vivre, de donner à boire à ceux qui ont soif ? Non ? Non, j’ai pas l’impression de soulever un enthousiasme délirant en disant ça. Peut-être y en a-t-il quelques-uns chez qui ce désir est mort ou éteint ou franchement enfoui au fond tout au fond, bien rangé sur une étagère, bien caché au fond du placard de ton cœur. Oui de temps en temps on a bien des velléités (une petite surchauffe du cœur ou de l’âme parce qu’on a un peu trop prié, c’est comme tout les excès faut faire gaffe) mais ça nous passe vite, y’a quand même plus urgent que ça  dans la vie? Et puis, peut-être y en a-t-il parmi nous qui se disent que non, évangéliser c’est un truc de spécialistes il faut des diplômes pour ça (c’est bon moi je suis en droit public ou en biologie moléculaire j’ai pas pris master « Jésus t’aime »), non ! faut être curé, faut avoir reçu un appel particulier pour aller faire le guignol sur les places ? peut-être y en a-t-il qui se disent « c’est bon moi j’suis pas charismatique, je vais pas me pointer place saint Pierre ou monter sur l’estrade de mon amphi et commencer à agresser le pauvre gars qui voulait juste siroter une bière peinard ou suivre le cours, et lui annoncer la bonne nouvelle. » et pourtant… les gens ont soif (comme la samaritaine), soif de vérité, soif de beauté, soif de justice, soif de bonté, ils ne le savent peut-être pas encore mais ils ont soif de Jésus Christ : c’est lui la vérité, c’est lui la beauté, la bonté, la justice, il est la source d’eau vive, il est venu pour les sauver (pour te sauver toi bien sûr mais tous les autres aussi, les païens, les pécheurs, les pauvres. D’ailleurs païens, pécheurs, pauvres c’est un peu nous non ?). Bien sûr qu’ils ne le savent pas, comment le sauraient-ils, personne le leur a jamais dit, tu le leur as dit toi ? Et puis ne comptez pas sur les grands médias pour annoncer la Bonne Nouvelle (de toute manière les bonnes nouvelles c’est déjà pas leur fort, alors vous imaginez la Bonne Nouvelle !). M’enfin mon père, même si j’avais ce désir brûlant, même si j’étais raide cramé, moi je sais pas comment faire pour annoncer l’Evangile…

Alors regarde Jésus (c’est lui notre grand pédagogue), comme d’hab, contemple-le, laisse-le t’apprendre, assied-toi avec lui sur la margelle du puits de Jacob et regarde-le faire avec la samaritaine. C’est certain y’a bien des fois, Jésus, histoire de capter l’attention il marche sur l’eau ou alors il fait des immenses discours devant 4000 personnes ou il change l’eau en vin et là on sent bien qu’on joue pas dans la même catégorie, que c’est pas pour nous, que c’est bien au-delà de nos forces alors que là, avec cette samaritaine, ça ressemble tellement à une de nos conversations. Regarde-le…

Jésus a soif, il a besoin de la samaritaine pour qu’elle lui donne de l’eau, c’est lui qui le premier se fait le demandeur, c’est lui le fils de Dieu qui se met à son niveau, qui vient s’asseoir sur la margelle. Les disciples lui reprocheront bien cette attitude, parler à une femme une samaritaine : oh Jésus ça va pas ! Et toi quand tu t’approches de quelqu’un dis-toi que tu as quelque chose à recevoir de lui.

Puis Jésus va se mettre à l’écoute de cette samaritaine, il est attentif à ce qu’elle vit, à ce qu’elle est, à son histoire, à ses blessures, à ses besoins à ce qui habite son cœur, à ses soifs. Il sait bien quelles sont ses soifs, il connait son cœur, il connait tellement bien le cœur de l’homme, il aurait pu se pointer et lui faire un diagnostic en trois points : écoute là je vois bien t’es pommée, ça tombe bien, j’ai la solution : « je suis le chemin la vérité et la vie ». Il est le chemin, la vérité la vie, C’est vrai, mais peut-être que cette femme ne peut pas encore l’entendre alors Jésus va être plus délicat, plus pédagogue, il va partir de son désir, du désir de son cœur, il va lui permettre de le mettre au jour, il va lui laisser le temps de le découvrir.

C’est maintenant la samaritaine qui est demandeuse « Seigneur donne la moi cette eau », c’est elle qui a soif, à travers cette conversation sur la margelle du puits, à travers les paroles bienveillante de Jésus, à travers l’accueil qu’il a manifesté, il a permis à la femme de découvrir une autre soif plus profonde, une soif qui habitait son cœur blessé depuis toujours. Et elle est prête à entendre la grande révélation, celle à laquelle son cœur aspire, celle qui la comblera : « je sais qu’il vient le messie, celui qu’on appelle Christ, quand il viendra c’est Lui qui nous fera connaitre toute chose » « moi qui te parles je le suis ». Sérieusement ! Tout ça pour ça ! Est ce qu’on avait besoin de 6 pages pour en arriver là ? Sincèrement Jésus c’est bien sérieux d’obliger tes fidèles à se cogner un évangile de 6 pages un dimanche soir juste pour ça, t’aurais pu abréger, du style : tu te pointes au puits de Jacob, tu vois la samaritaine et tu lui dis « moi qui te parles je le suis » « euh t’es qui toi ? » « Eh ben le messie ». ouais ça colle pas, vous voyez qu’on peut pas abréger, on ne peut pas abréger ce temps de la rencontre, ce temps de l’amitié gratuite, ce temps de l’apprivoisement mutuel, ce temps passé au foyer de l’école, à la cafet à taper la belote, ou à pousser dans la même mêlée (ça crée des liens quand on goûte à la même boue sur le terrain), c’est pas du temps perdu (bon faut pas non plus y passer tes aprèm à jouer à la coinche, 3 parties en 1000 points c’est bon !)  c’est pas du temps perdu, c’est même du temps gagné, c’est là que tu prépares les cœurs à pouvoir entendre la parole du Christ, celle qu’a entendu la samaritaine « moi qui te parles je le suis ». Parce qu’en effet ce temps passé par Jésus sur la margelle, ce temps passé avec tes potes c’est pour répondre à leur soif, c’est pour annoncer le nom de Jésus.

Mais alors padre ça veut dire que toutes nos relations doivent être intéressées ? qu’on doit toujours avoir dans un recoin de la tête une petite intention du style «  dès que j’ai une ouverture, dès que je peux je lui case que Jésus est la solution à tous ses problèmes et s’il accroche pas je me barre. »

Oui bien sûr que c’est intéressé, mais ce n’est pas ton intérêt, c’est le sien, ce que Jésus recherche c’est pas son intérêt, c’est pas une espèce de sergent recruteur, ce qu’Il désire c’est le bonheur de la samaritaine. Et toi est-ce que tu crois que Jésus est vraiment capable de combler une vie ? Est-ce que tu crois profondément « que celui qui boira de l’eau que Jésus lui donnera n’aura plus jamais soif et que cette eau deviendra en lui source jaillissante pour la vie éternelle » si tu le crois alors tu n’as pas le droit de le taire, si tu ne le crois pas : approche-toi de Jésus, tu es encore comme la samaritaine. La samaritaine version 1.0, parce que vous avez vu dans l’évangile il y a la samaritaine qui vient chercher l’eau au puits de Jacob  c’est la version 1.0 et la samaritaine qui a puisé l’eau vive, l’eau jaillissant du cœur du Christ, c’est la samaritaine version 2.0.

C’est cette samaritaine qui se fait apôtre, c’est elle qui retourne chez elle et qui dit à tous ses amis de venir au puits pour rencontrer Jésus Christ et ils y vont, ils y vont parce qu’eux aussi ils ont soif. C’est que son cœur, le cœur de la samaritaine 2.0 est tout brûlant, c’est que son cœur est vivifié par la rencontre qu’elle vient de faire, et ça se voit ! bien sûr qu’ils croient ce que leur a dit la femme, mais ce qu’ils veulent c’est eux aussi goûter à cette eau.

Combien il y en a de gars dans vos facs, dans vos écoles qui ont soif, prendrez-vous la responsabilité de les laisser crever la bouche ouverte sur le bord du chemin, ou bien comme la samaritaine oserez-vous les amener jusqu’au puits de Jacob, jusqu’à Jésus Christ la source d’eau vive, celle qui jaillira bientôt dans ton cœur Germain.